Les 50 ans de la nouvelle messe : l’Institutio generalis Missalis romani (3) 

25 Juillet, 2020
Provenance: fsspx.news

Le 3 avril 1969, Paul VI publiait la Constitution apostolique Missale Romanum. Elle promulguait l’Institutio generalis Missalis Romani – Institution générale du Missel Romain (IGMR) – qui accompagnait le Novus Ordo Missæ (NOM). Cet article achève l’examen de l’IGMR. 

Le mémorial de la résurrection et de l’ascension 

La messe est d’abord et premièrement le renouvellement non sanglant de la Passion et de la mort du Seigneur ; elle renouvelle le sacrifice du Christ. La double consécration y fait immédiatement référence. Elle rappelle aussi, mais secondairement, la Résurrection et l’Ascension du Christ, intimement liées à sa Passion. Ce lien est explicite, par exemple dans la prière Unde et memores qui suit immédiatement la consécration. 

Ainsi au n°2, la messe appelée le « mémorial de la Passion et de la Résurrection » du Christ ; au n°48, il est dit que lors du dernier repas « le Christ a institué le mémorial de sa mort et de sa résurrection 1 » ; au n°55 e, le texte explique qu’immédiatement après la consécration, « l’Eglise célèbre le mémorial du Christ, rappelant principalement sa sainte Passion, sa glorieuse Résurrection et son ascension dans le Ciel » ; au n°55 d, il est affirmé qu’au dernier repas, Notre-Seigneur « a institué le sacrement de la Passion et de la Résurrection » ; le n°335 appelle la messe « le sacrifice eucharistique de la Pâque du Christ » ; et les n°7 et 268 déclarent que dans la messe nous célébrons le « mémorial du Seigneur ». Le terme Passion n’est d’ailleurs jamais employé seul, la résurrection lui est toujours accolée. 

L’impression générale de ces textes est que la messe célèbre certes la Passion du Seigneur, mais l’accent se porte de manière égale sur le Christ ressuscité, et par conséquent sur la Résurrection et l’Ascension. La dimension sacrificielle de la messe s’en trouve d’autant diminuée. 

Le préambule de 1970 

Face aux les critiques suscitées par cette première rédaction de l’IGMR, des changements plus ou moins notables sont apportés. Certains articles sont fortement remaniés. Une nouvelle version paraît en mai 1970, précédée d’un long préambule, destiné à pallier les graves insuffisances de la première version. 

Comme le souligne Mgr Bugnini lui-même, ce prologue insiste sur trois aspects : a) l’histoire du missel romain, en s’efforçant de montrer un développement homogène entre le travail du concile de Trente et de saint Pie V d’une part, et celui du concile Vatican II et du Consilium  d’autre part ; b) la fidélité théologique et rituelle de l’un et l’autre missel à la doctrine de l’Eglise ; c) la légitimité des critères qui président à la réforme. 

Le texte a le souci de reprendre certains enseignements qui faisaient tragiquement défauts dans la version initiale, ou qui s’y trouvaient déformés : le sacerdoce ministériel, la transsubstantiation et la présence réelle, les quatre fins du sacrifice de la messe, la messe comme renouvellement sacramentel du sacrifice de la croix, la propitiation, le tout émaillé de nombreuses citations du concile de Trente et de l’affirmation à la fidélité à la Tradition des Pères, mieux observable aujourd’hui car mieux connue… 

Il faut signaler l’insuffisance des articles 4 et 5, qui, pris ensemble, montrent ou favorisent une conception erronée du sacerdoce des fidèles, puisqu’ils affirment que « la célébration de l’Eucharistie est l’action de toute l’Eglise », que « le peuple de Dieu est appelé à faire monter jusqu’à Dieu les prières de toute la famille humaine », et enfin, qu’il « rend grâces, dans le Christ, pour le mystère du salut, en offrant son sacrifice ». Le texte ajoute : « ce faisant, une plus grande attention est ainsi prêtée à des aspects de la célébration qui avaient été négligés parfois au cours des siècles ». 

Le texte ne différencie pas assez le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun. 

Surtout, il prétend que les erreurs qui ont nécessité la conservation du rite traditionnel à l’époque de saint Pie V n’ont plus cours. C’est d’une tragique inconscience qui ne peut que favoriser la résurgence de ces erreurs. 

De même, affirmer que les anciennes liturgies sont aujourd’hui mieux connues, de sorte qu’il est désormais permis de réformer la messe d’une manière beaucoup plus profonde, est une affirmation gratuite et dangereuse. Il suffit de rappeler comment Pie XII condamna les efforts de quelques-uns qui « pour adopter à nouveau certains anciens rites et cérémonies » finissent par « faire renaître les archaïsmes excessifs et insensés créés par l’illégitime concile de Pistoie et […] par renouveler les multiples erreurs qui préparèrent le concile ou qui le suivirent 2 ». 

Ainsi, c’est au nom de « l’ancienne norme des Saint Pères », de la disparition des erreurs de l’époque de Trente, et de la meilleure connaissance de la liturgie passée, que le texte introduit de nouveaux canons, la langue vernaculaire, la communion sous les deux espèces ou que sont modifiées les expressions concernant le détachement des biens terrestres. En effet, les oraisons du missel traditionnel demandent souvent à Dieu de nous accorder « le mépris des biens de la terre et l’amour des biens célestes ». Ces demandes ont totalement disparu du nouveau missel. Il faut croire que le matérialisme ambiant a permis aux fidèles d’acquérir l’esprit de pauvreté et une attention plus grande à la patrie du Ciel… 

La révision de l’IGMR 

La révision de l’Institution générale du Missel Romain fait suite à un certain nombre de critiques provoquées par l’édition de 1969. La revue Notitiæ 3  explique longuement que certaines d’entre elles n’étaient pas claires, ou qu’elles émanaient d’une opinion préconçue, et que les Pères du Consilium et les experts n’avaient trouvé aucune raison de changer quoi que ce soit ! Cependant pour améliorer certains points, et pour des raisons de style, quelques corrections ont été apportées. 

C’est ainsi qu’est proposée une nouvelle rédaction de l’article 7 : « À la messe ou Cène du Seigneur, le peuple de Dieu est convoqué et rassemblé, sous la présidence du prêtre, qui représente la personne du Christ, pour célébrer le mémorial du Seigneur, ou sacrifice eucharistique. C’est pourquoi ce rassemblement local de la sainte Eglise réalise de façon éminente la promesse du Christ : “Lorsque deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d’eux” (Mt 18, 20). En effet, dans la célébration de la messe où est perpétué le sacrifice de la croix 4, le Christ est réellement présent dans l’assemblée elle-même réunie en son nom, dans la personne du ministre, dans sa parole et aussi, mais de façon substantielle et continuelle, sous les espèces eucharistiques 5 ». 

Le texte dit encore que c’est le peuple qui célèbre le mémorial du Seigneur. De plus, les imprécisions concernant les diverses sortes de présence de Notre-Seigneur ne sont que partiellement levées. La fonction du prêtre comme représentant du Christ semble toujours subordonnée à celle de président de l’assemblée. Cette nouvelle rédaction n’est pas moins inquiétante que la première. 

Le nouvel article 48 remplace « commémoration de sa mort et de sa résurrection » par « sacrifice et banquet pascal » et ajoute une allusion au sacrifice de la croix. Mais la nature de la présence du Christ est toujours aussi confuse, et le terme de propitiation n’apparaît que dans le prologue mais jamais par la suite. 

Le n°55d a reçu de substantielles corrections que nous mentionnons en italique : « Le récit de l’Institution et la consécration : par les paroles et les actions du Christ, s’accomplit le sacrifice que le Christ lui-même institua à (ancienne rédaction : est représentée) la dernière Cène lorsqu’il offrit son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin (anc. rédaction : où le Christ Seigneur luimême institua le sacrement de sa passion et de sa résurrection, lorsqu’il), les donna à manger et à boire à ses Apôtres, et leur laissa l’ordre de perpétuer ce mystère ». 

C’est la correction la plus importante de l’Institutio, qui corrige plusieurs ambiguïtés. Mais elle reste en partie insuffisante, car c’eût été le lieu de mentionner le sacrifice de la croix et sa valeur propitiatoire. 

Jugement d’ensemble 

Fondamentalement, cette mouture de 1970 reste la même que celle de 1969. Le rite de la nouvelle messe demeure inchangé, et la réforme liturgique est toujours aussi empoisonnée par l’esprit œcuménique et moderniste qui l’a inspirée. Le changement d’étiquette ne suffit pas à modifier le contenu du flacon. 

  • 1. L’expression « mémorial de sa mort et de sa résurrection » est tirée de Sacrosanctum concilium, n°47. Cf. également Ad Gentes, 14.
  • 2. Encyclique Mediator Dei, 20 novembre 1947.
  • 3. N°54, p. 177.
  • 4. Concile de Trente, session XXII, ch. 1, SzS 1740 ; cf. Paul VI, Profession de foi, n° 24.
  • 5. Constitution liturgique, art. 7 ; Paul VI, Mysterium fidei ; Instruction Eucharisticum Mysterium, n° 9.