Les merveilles du Ciel dans les psaumes (1)

18 Mai, 2020
Provenance: fsspx.news

Dans la collecte de la messe du 4e dimanche après Pâques, l’Église nous demandait que « parmi les multiples attraits du monde, nos cœurs soient fixés là où sont les vraies joies ». Ainsi à l’approche de l’Ascension, notre regard se porte-t-il spontanément vers le Ciel. 

Il est consolant de savoir qu’au-delà du ciel visible, il en existe un autre invisible, créé par Dieu pour nous y établir lorsque nous aurons quitté la terre. Saint Bernard disait : « C’est surtout dans le Ciel que nous verrons Dieu face à face, tel qu’il est. La vision de Dieu, c’est la récompense, la fin et le fruit de tous nos travaux, de toutes nos vertus, de toutes nos peines. Qui ne préférerait un fruit aussi précieux, aussi incomparable, à toutes les choses visibles et invisibles ? Quel cœur froid ne serait embrasé par le désir de cette vision de Dieu ? » 

Pour recueillir le fruit du deuxième mystère glorieux du rosaire qu’est le désir du Ciel, il est bon de rechercher ce que Dieu lui-même nous a révélé dans la sainte Écriture sur la patrie céleste.  

La céleste patrie 

Ici-bas, nous n’avons pas d’accès direct au divin. Ne voyant pas Dieu, il nous est malaisé d’imaginer ou même de concevoir qui il est. En raison de cette difficulté, une tendance naturelle est de succomber à l’une ou l’autre des tentations suivantes. Certains se disent : puisque Dieu est tellement au-dessus de nous, laissons-le où il est, et ne cherchons pas à vivre dans son intimité ; d’autres à l’inverse, voulant le mettre à leur portée le rabaissent à leur niveau et perdent de vue sa magnificence, sa majesté, sa sainteté. Ce qui est vrai du bon Dieu l’est aussi du Ciel, puisque la vie des saints consiste essentiellement dans la vision et la jouissance de Dieu. 

Afin d’éviter les deux écueils que nous venons d’évoquer, le Psalmiste recourt à des métaphores pour décrire les merveilles de l’au-delà. Ces comparaisons ont le mérite de nous mettre sur la voie sans pour autant prétendre nous donner une description pleinement adéquate des réalités célestes. David décrit le paradis comme une terre, une montagne, une maison, une cité, un royaume. Les commentateurs profitent de l’emploi de ces diverses expressions pour chanter les merveilles du Ciel. 

1-La montagne sainte 

Persuadé qu’il n’y a rien de plus important que d’arriver au Ciel, David demande au Seigneur les moyens d’y parvenir : « Envoyez votre lumière et votre vérité. Elles me conduiront et m’amèneront à votre sainte montagne et dans vos tabernacles » (Ps 42, 3). Saint Thomas d’Aquin commente ce passage en disant que la lumière et la vérité représentent Jésus-Christ. C’est lui qui nous conduira au paradis désigné ici comme « la sainte montagne ». La montagne, par sa majesté et sa stabilité, évoque le bonheur immuable dont jouissent les saints au paradis. 

2-La maison du Seigneur  

Une demeure stable 

La maison, comme logement permanent, par opposition à la tente, où l’on ne réside qu’épisodiquement, est également propre à symboliser le Ciel, selon l’enseignement de saint Paul : « Nous savons que, si cette tente vient à être détruite, nous avons une maison qui vient de Dieu, une demeure qui n’est pas faite de main d’homme, demeure éternelle qui est dans les cieux » (2 Co 5, 1). 

Rempli d’espérance, le Psalmiste affirme déjà avec conviction : « Je passerai dans le lieu de la tente admirable jusqu’à la maison de Dieu » (Ps 41, 5). Dans les psaumes, le terme de tente, en raison de sa mobilité et de son utilisation temporaire, désigne la vie présente par opposition à la maison. C’est ainsi que saint Jérôme, commentant ce passage du psaume 41, dit : « La tente de Dieu, c’est l’Église pérégrinant encore loin du Seigneur. C’est par elle qu’on parvient […] à la Jérusalem céleste, notre Mère à tous ».  

Un lieu de bonheur parfait 

Le Ciel est si présent à la pensée de David qu’il prie incessamment le bon Dieu de lui faire la grâce d’y accéder : « Je n’ai demandé qu’une chose au Seigneur, et c’est elle que je rechercherai : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie pour contempler les délices du Seigneur et pour visiter son temple » (Ps 26, 4). C’est au paradis que le Psalmiste trouvera le véritable bonheur en louant Dieu éternellement : « Bienheureux ceux qui habitent votre maison, Seigneur, ils vous loueront dans les siècles des siècles » (Ps 83, 5). Saint Robert Bellarmin interprète ainsi ce verset : « Le Prophète ne s’inquiète que d’une seule chose, c’est d’habiter la maison du Seigneur, non pour un temps, mais pour tous les jours de sa vie, c’est-à-dire, tant que durera la vie des saints, qui est éternelle. C’est là vraiment habiter la maison du Seigneur, car sur la terre, tout amis et enfants de Dieu que nous sommes, nous n’habitons pas, nous marchons avec Dieu, nous ne sommes pas dans la maison, mais sous la tente [tabernaculum]. Pourquoi désire-t-il habiter la maison du Seigneur ? C’est que là est le bonheur parfait » (Explication des Psaumes, Vivès, 1855, I, pp. 201-202). 

Pour ne pas imaginer que la joie des élus serait comparable à celle éprouvée ici-bas, le Psalmiste dit : « Ils sont comme dans la joie, ceux qui habitent en vous » (Ps 86, 7). Nous ne redonnons pas ici le commentaire de saint Augustin que vous trouverez dans l’article intitulé Le triomphe de Jésus dans les psaumes. Rappelons simplement que la joie du Ciel est incomparablement plus profonde et plus douce que toutes celles d’ici-bas. 

Une seule maison mais divers degrés de gloire 

Notre-Seigneur utilise lui aussi le terme de maison pour désigner le Ciel. Il en parle dans son discours après la Cène. Il cherche à consoler ses Apôtres attristés à l’idée de se trouver séparés de lui. Il leur dit : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (Jn 14, 2). Le divin Maître veut montrer par là que si la récompense est identique pour tous les élus, elle renferme divers degrés de proximité et de jouissance de Dieu en fonction du degré de perfection atteint par les saints au moment de leur mort. 

Cette variété de récompenses était déjà entrevue par le Psalmiste. Se transportant en esprit au Ciel, il s’écriait : « Avec vous [ô Christ] sera l’empire souverain au jour de votre puissance dans les splendeurs des saints » (Ps 109, 3). Saint Jean Chrysostome donne le motif qui a conduit l’écrivain sacré à mettre le terme splendeurs au pluriel dans l’expression « les splendeurs des saints » : « David dit les splendeurs et non la splendeur parce que les récompenses éternelles sont nombreuses et variées. Le soleil a son éclat, la lune le sien, et les étoiles leur clarté particulière, et entre les étoiles l’une est plus brillante que les autres. Il en est de même de la résurrection des morts [cf. 1 Co 15, 41] » (Œuvres complètes, Vivès, 1868, VI, pp. 173-174). 

À l’instant de la mort, les hommes sont jugés par Jésus-Christ sur la charité. C’est le degré de charité qui détermine leur degré de gloire pour l’éternité. Ici encore, saint Jean Chrysostome s’émerveille devant l’éclat des saints : « La splendeur des saints, c’est leur beauté, la gloire qui émane de leurs personnes. Quelle splendeur plus brillante, en effet, que celle de saint Paul ! Quelle gloire plus brillante que la gloire de Pierre ! […] Quel éclat environnera, avec ces deux héros, tous les prophètes et les Apôtres, tous les justes, les martyrs, les confesseurs et tous ceux dont l’éminente sainteté aura répondu à la foi qu’ils avaient en Jésus-Christ ? Représentez-vous tous ces peuples, ces clartés, ces rayons, cette gloire, cette majesté, cette joie, cette magnifique assemblée. Qui pourrait dépeindre un tel spectacle ? Toute parole est impuissante, l’expérience seule sera capable de donner à ceux qui en sont dignes une juste idée de ces splendeurs » (Ibid. p. 173). 

À l’idée de jouir d’une telle récompense, on comprend que le roi-prophète ait senti vibrer tout son être comme il le laisse transparaître dans le psaume 121 : « Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur » (Ps 121, 1). 

3-La Jérusalem céleste  

La Jérusalem éternelle 

Lorsque les Juifs se rendaient à Jérusalem dans l’Ancien Testament, ils chantaient les psaumes 119 à 133. On les avait baptisés « les psaumes des montées » pour caractériser la montée des pèlerins vers Jérusalem. Une fois parvenus à la ville sainte, ils s’arrêtaient devant les marches du Temple. Le Psalmiste a certainement cette image à l’esprit lorsqu’il déclare : « Nos pieds se sont arrêtés dans tes parvis, ô Jérusalem » (Ps 121, 2). 

Au-delà du sens littéral, ce verset cache un sens spirituel plus profond que révèle saint Augustin : « De quelle Jérusalem est-il question ? En effet, il y a sur terre une ville de ce nom, mais elle n’est que l’ombre de l’autre Jérusalem. Et quel si grand bonheur y aurait-il à se tenir dans cette Jérusalem des Juifs qui n’a pu se tenir elle-même et qui est tombée en ruines ? À Dieu ne plaise que tels soient pour cette Jérusalem terrestre les sentiments de celui qui a tant d’amour, tant d’ardeur, tant de désir de parvenir à cette Jérusalem, notre mère [cf. Ga 4, 26], que l’Apôtre dit être “éternelle dans les cieux” [2 Co 5, 1] ». La Jérusalem éternelle dont fait mention ici saint Augustin, c’est bien sûr la patrie céleste.  

Un lieu de paix inaltérable 

La ville de Jérusalem, dont le nom signifie « vision de paix », est donc elle aussi une figure du paradis. La « vision de paix » exprime le fait que la vue de Dieu face à face produit chez les saints une paix inaltérable. Saint Augustin nous invite à la rechercher : « Cette paix, que vous aimez, que vous chérissez d’un tel amour rien qu’à l’entendre nommer, cherchez-la, désirez-la, aimez-la. Quand la paix sera-t-elle complète ? Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, lorsque ce corps mortel aura revêtu l’immortalité [cf. 1 Co 15, 53] ; alors la paix sera entière, alors la paix sera inébranlable ». 

Une ville composée de pierres vivantes 

Le Psalmiste parle de « Jérusalem qui se construit comme une ville » (Ps 121, 3). Jérusalem s’édifie chaque jour comme une cité avec les pierres vives qui montent vers elle à savoir les saints qui peu à peu rejoignent le lieu de la béatitude éternelle. Les âmes sont ainsi, pour reprendre l’expression de saint Pierre, « les pierres vivantes » (1 Pi 2, 5) de ce glorieux édifice. 

David contemplant l’édification progressive de la Jérusalem céleste affirme que c’est Dieu qui en est le bâtisseur : « C’est le Seigneur qui bâtit Jérusalem et qui doit rassembler les dispersés d’Israël » (Ps 146, 2). Dieu est à la source de tout bien : il purifie les âmes, il les sanctifie puis les glorifie au Ciel.  

4-La cité de Dieu 

Une cité réjouie par un fleuve 

« Un fleuve réjouit la cité de Dieu par l’abondance de ses eaux » (Ps 45, 5). Quel est donc ce fleuve dont parle David, qui est source de joie ? 

La sainte Écriture s’expliquant par la sainte Écriture, il est intéressant de rechercher les passages parallèles où il est fait mention de fleuve ou de termes équivalents. Tel est le cas du psaume 35 qui décrit de façon sublime le bonheur des élus. Il renferme notamment ce beau passage : « Vous les ferez boire, [Seigneur], au torrent de vos délices » (Ps 35, 9). Dieu fera boire les saints au torrent de ses délices. Le Psalmiste parle de torrent, image proche de celle de fleuve, pour décrire le bonheur des saints au paradis. Les eaux douces et abondantes d’un fleuve impétueux envahissent l’âme des bienheureux. La « cité de Dieu » où règne une joie sans pareille désigne donc le Ciel.  

Un torrent de délices 

Saint Robert Bellarmin montre en quoi l’image d’un torrent exprime la joie des élus. « Dans un torrent, il y a trois choses : la quantité immense d’eaux descendant des montagnes ; l’inondation subite là où un instant avant il n’y avait pas d’eau, et où surgit tout-à-coup un grand fleuve ; enfin, le flot des eaux qui se précipitent, entraînant tout ce qui se trouve sur leur passage. Telle sera la céleste béatitude.  

« La sagesse et la science descendront en abondance de cette montagne. Sur le sommet de la montagne divine est le Verbe de Dieu, source de la sagesse. De cette montagne et de cette source, jaillit tout-à-coup l’inondation sur les bienheureux. Sur ces hauteurs, Dieu rendu manifestement visible, nous déborderons de toute science non seulement humaine mais divine, nous pénétrerons jusqu’aux attributs du Créateur lui-même, et cette abondance de sagesse et de science emportera rapidement notre âme dans le courant de l’amour et dans la jouissance du souverain bien » (Explication des Psaumes, Vivès, 1855, I, pp. 335-336). 

Abbé Patrick Troadec 

A suivre.