Hors de la pastorale conciliaire, pas de salut ?

29 Mars, 2021
Provenance: fsspx.news

Sur le site de Corrispondenza Romana du 10 février 2021, l’historien Roberto de Mattei reprend la déclaration de François lors de la rencontre organisée par le Bureau de la catéchèse de la Conférence épiscopale italienne (cf. Actualité de la critique de Vatican II par Mgr Lefebvre).

Le pape y avait affirmé que le concile Vatican II était « le magistère de l’Eglise » : « soit vous êtes avec l’Eglise et donc vous suivez le Concile, et si vous ne suivez pas le Concile ou si vous l’interprétez à votre manière, comme vous le souhaitez, vous n’êtes pas avec l’Eglise », ajoutant que « nous devons sur ce point être exigeants, stricts. Le Concile ne doit pas être négocié. » 

L’universitaire italien commente : « De ces déclarations, on croit comprendre que, selon le pape François, ceux qui critiquent le concile Vatican II se placent en dehors de l’Eglise. Cependant, aujourd’hui, les critiques du Concile ne viennent pas d’une minorité de traditionalistes entêtés, mais d’un nombre croissant de catholiques qui ont pris note des conséquences catastrophiques de Vatican II. »

Et de s’interroger fort justement : « Que signifie d’ailleurs “suivre Vatican II” ? Observer ses documents à la lettre ? Mais ces documents sont largement ignorés, à commencer par les indications sur les questions liturgiques dans la constitution Sacrosanctum concilium. D’autres documents du Concile ne sont pas clairs et se prêtent à des interprétations opposées.

« Le pape François partage-t-il “l’herméneutique de continuité” de Benoît XVI, selon laquelle ces documents doivent être interprétés en continuité avec la Tradition de l’Eglise, ou bien ces documents doivent-ils être interprétés selon “l’esprit du Concile”, comme le voudrait l’école de Bologne [représentée par Giuseppe Alberigo, partisan de la discontinuité. NDLR] ? Dans ce deuxième cas, l’herméneutique de Benoît XVI doit-elle aussi être considérée en dehors de l’Eglise ? »

L’historien de l’Eglise relève que « le pape François a déclaré que l’opposition à Vatican II lui fait penser à “un groupe d’évêques qui, après Vatican I, est parti, un groupe de laïcs, des groupes, pour continuer la ‘vraie doctrine’ qui n’était pas celle de Vatican I : ‘Nous sommes les vrais catholiques’.

« Aujourd’hui, ils ordonnent des femmes. L’attitude la plus sévère, garder la foi sans le Magistère de l’Eglise, vous mène à la ruine. S’il vous plaît, pas de concessions à ceux qui tentent de présenter une catéchèse qui n’est pas en accord avec le Magistère de l’Eglise”. »

Cette référence aux vieux-catholiques, anti-infaillibilistes du XIXe siècle, inspire à Roberto de Mattei un rapprochement très pertinent avec les progressistes contemporains : « Le pape François se réfère historiquement aux vieux-catholiques qui, en 1870, ont rejeté le dogme de la primauté papale, ont été excommuniés et ont quitté l’Eglise.

« Mais certains théologiens ultra-progressistes, comme Andrea Grillo [professeur de théologie sacramentaire et de liturgie à l’Institut Saint-Anselme de Rome. NDLR], n’ont pas apprécié les critiques du pape François à l’égard de ces catholiques dissidents.

« Grillo oppose leur désobéissance à “l’obéissance” du chancelier allemand Otto von Bismarck, qui accepta par intérêt la position de Vatican I [le dogme de l’infaillibilité pontificale. NDLR] afin de mieux contrôler les évêques allemands. La position de Bismarck, selon Grillo, “signalait une dérive possible : la réduction de toute autorité dans l’Eglise à celle du pape.

« Chose que, près d’un siècle plus tard, Vatican II a réélaboré avec soin ” », – ce dont se félicite l’universitaire progressiste qui poursuit : « Le fait est que l’obéissance à Vatican II est l’acquisition, structurelle, de son “caractère pastoral”. C’est-à-dire d’une différence entre la “substance de la tradition” et la “formulation de sa présentation”.

« La grande période inaugurée par le concile Vatican II – nous n’en sommes qu’au début – passe par une profonde remise en question des “formes institutionnelles” par rapport à la “substance de la tradition”. » Et d’en tirer la conclusion logique : « ainsi, nous pouvons constater que quelques-uns des éléments qui ont conduit certains, il y a 150 ans, à “ne pas accepter” Vatican I, aujourd’hui, à la lumière de Vatican II, sont peut-être entrés dans le patrimoine commun. »

On ne saurait trop remercier Andrea Grillo de définir ainsi l’apport de Vatican II : la pastorale conciliaire – non doctrinale – doit être tenue comme une acquisition structurelle de l’Eglise. Mais comme cette pastorale est évolutive, en fonction des besoins toujours changeants, elle offre à l’Eglise une structure à géométrie variable.

Dès lors, ne pas accepter l’acquisition structurelle de ce caractère pastoral, c’est désobéir au Concile. Mais c’est obéir, avant tout, au principe de non-contradiction qui nous fait refuser une structure molle, comme on rejette un cercle carré.