Que pense l’Eglise de la réincarnation ? (2)

14 Juillet, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality
Abbaye de Lérins où vécut saint Vincent de Lérins

La réincarnation semble séduire de plus en plus de nos contemporains. Elle exerce une force de séduction réelle sur les mentalités occidentales. Après une présentation générale dans le premier article, ce deuxième article pose le regard de la foi sur cette croyance.

Le système de pensée que nous analysons prétend régir la destinée de l’homme, son bonheur éternel et les moyens d’y parvenir. Or cette question intéresse au premier chef la doctrine de l’Église qui, comme gardienne de la révélation, nous enseigne les vérités nécessaires au salut.

Le premier devoir du chrétien est donc d’interroger l’Eglise sur cette nouvelle théorie. Cette confrontation est d’autant plus opportune que nombreux sont ceux qui affirment pouvoir faire coexister métempsychose et foi catholique.

Un système nouveau

On sait que l’enseignement de la vérité dans l’Eglise est essentiellement Tradition. Il ne s’agit pas d’inventer de nouvelles doctrines ni d’être original, il s’agit de transmettre fidèlement la révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

La force de cette doctrine réside précisément dans ce qu’elle peut s’appuyer sur l’autorité même de Dieu. L’exemple vient de haut puisque Notre Seigneur lui-même disait tenir d’un autre ce qu’il livrait à ses disciples : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : le Père qui demeure en moi fait lui-même les œuvres que je fais. » (Jn 14, 10) 1

Les apôtres suivirent l’exemple du divin Maître. « J’ai transmis ce que j’ai reçu », dit saint Paul, qui met aussi en garde les habitants de Galatie : « Mais, quand nous-même, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème. » (Ga 1, 8-9)

C’est encore l’enseignement de saint Vincent de Lérins (mort en 450) qui traduit la pensée de toute l’Église : « Garde le dépôt de la foi (Tm 6, 20). Mais qu’est-ce que ce dépôt ? C’est ce qui t’a été confié et non ce qui a été trouvé par toi ; c’est ce que tu as reçu, non ce que tu as inventé. Ce n’est pas affaire d’invention personnelle, mais de doctrine ; non d’usage privé, mais de Tradition publique. […]

« Tu ne dois pas être l’auteur, mais le gardien […], conserve donc intact et sans souillure le talent de la foi catholique. Ce qui t’a été confié, c’est cela que tu dois garder, puis le livrer à ton tour. Tu as reçu de l’or, rends de l’or, ne remplace pas imprudemment l’or par le plomb. 2 »

Or c’est là un trait commun à toutes les versions de la métempsychose que nous avons rencontrées : elles sont élaborées en dehors de la révélation authentique, on n’en trouve aucune trace dans la Sainte Écriture ou dans la Tradition. Ce caractère de nouveauté suffit à lui seul à les disqualifier au premier regard catholique.

Dans toute l’histoire de l’Église, un seul docteur renommé adopta la thèse de la réincarnation, Origène (185-254). Il croyait avoir trouvé en elle le moyen d’allier à la foi catholique la doctrine platonicienne de la préexistence des âmes. Encore le fait-il avec circonspection et sur le mode de la recherche. Mais, bien qu’il ait eu quelques disciples, il ne constitue en rien une tradition dans l’Église.

Origène fut énergiquement critiqué par de nombreux docteurs (saint Pierre d’Alexandrie, saint Méthode d’Olympe, saint Grégoire de Nysse) et sa doctrine condamnée dans un concile en 402. Saint Augustin résume la pensée de tous : « Je suis surpris plus qu’on ne saurait dire qu’un homme si habile, si exercé dans les saintes lettres, n’ait pas tout d’abord remarqué combien tout cela est éloigné de la sainte Écriture. 3 »

Le magistère

Si le sens catholique ne peut retenir la thèse de la réincarnation à cause de sa nouveauté, il la rejette radicalement à la lecture des documents du magistère. C’est que cette thèse n’est pas seulement étrangère à la Tradition, elle est encore explicitement condamnée par l’Église.

La Documentation Catholique du 18 février 1962 (n° 1370, col. 248) publie les résultats des travaux de la Commission théologique préparatoire du concile Vatican II. Le chapitre sur les erreurs modernes contient un paragraphe sur la réincarnation.

« Très étroitement liée au spiritisme est la théorie de la réincarnation, dans laquelle revivent certaines croyances antiques venues du paganisme concernant la métempsychose. Elle fut explicitement condamnée par le IIe concile de Constantinople, en 553. Le IIe concile de Lyon, en 1274, et le concile de Florence, en 1439, condamnèrent indirectement la théorie du passage de l’âme d’un corps humain dans un autre en affirmant que le jugement définitif a lieu tout de suite après la mort.

« Mais l’erreur, telle la mauvaise herbe, repousse sans cesse avec de légères variantes destinées à la rendre nouvelle et donc plus facilement acceptable ; elle change simplement de nom. La vigilance de l’Église ne se laisse pas abuser et la réincarnation, présentée sous les fausses apparences scientifiques de la théosophie, a été condamnée, elle aussi, par le Saint-Office en 1919. » (Cf. note ci-dessous.)

Le concile de Constantinople s’exprime ainsi : « Si quelqu’un dit ou pense que les âmes des hommes préexistent, en ce sens qu’elles étaient auparavant des esprits et des saintes puissances qui, lassées de la contemplation de Dieu, se seraient tournées vers un état inférieur ; que, pour ce motif, la charité de Dieu se serait refroidie en elles, ce qui les a fait appeler en grec ‘âmes 4’, et qu’elles auraient été envoyées dans des corps pour leur châtiment, qu’il soit anathème. 5 »

Ces jugements autorisés de l’Église nous incitent à poursuivre notre enquête en tâchant de mettre à nu les divers points de conflit entre la métempsychose et le dogme catholique. Nous verrons qu’à elle seule cette théorie contredit un grand nombre des articles de la foi.

Note. La Commission théologique préparatoire du concile fut constituée en 1960 à la demande du pape Jean XXIII et placée sous l’autorité du cardinal Ottaviani. Elle fournit pendant deux ans un travail intense qui lui permit de présenter au concile des projets de schémas de très bonne qualité. La précision des termes, les nombreuses références au magistère et le zèle contre les erreurs contrastent avec les nouveautés et l’ambiguïté des décrets conciliaires. Dès la première réunion du concile, en effet, l’ensemble des travaux de la Commission théologique préparatoire fut rejeté en bloc par les manœuvres illégales du cardinal Liénart et des cardinaux progressistes. Le texte que nous citons ne fait pas partie du magistère officiel, mais il exprime la pensée de l’Église de toujours et suffit à montrer ce qu’aurait pu être un concile catholique au 20e siècle.

Père Jean-Dominique, OP

A suivre…

  • 1. Voir aussi Jn 5, 19 ; 7, 16 ; 8, 28.38.42.50 ; 12, 49.
  • 2. Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, c. 22, p. 50, t. 50, col. 667.
  • 3. Saint Augustin, De civitate Dei, l. 11, c. 25.
  • 4. Origène croyait que Ψυχε (âme) venait de Ψυχo (froid) et dénotait donc un certain refroidissement d’un état meilleur, la perte de la chaleur divine. (De Principio. II, VIII, 3 ; PG IX, col. 222)
  • 5. G. Dumeige, La foi catholique (F.C.), p. 159.