Que pense l’Eglise de la réincarnation ? (3)

16 Juillet, 2021
Provenance: FSSPX Spirituality

La réincarnation semble séduire de plus en plus de nos contemporains. Elle exerce une force de séduction réelle sur les mentalités occidentales. Après une présentation générale dans le premier article, le deuxième article a donné les jugements de l’Eglise sur cette croyance.

Après les jugements de l’Eglise, il reste à examiner les divers points de conflit entre la métempsychose et le dogme catholique. A elle seule cette théorie contredit un grand nombre des articles de la foi.

Le jugement particulier

Robert Laffont, directeur de la maison d’édition qui porte son nom, affirmait sa croyance en la métempsychose dans les termes suivants : « La réincarnation est la possibilité d’avoir d’autres chances. Cette longue quête pour monter vers quelque chose de meilleur me paraît philosophiquement la solution la plus juste. Cette solution répond le mieux à ma notion de l’au-delà. 1 »

« La possibilité d’avoir d’autres chances » : cette expression est un aveu. Elle manifeste un des éléments fondamentaux de cette doctrine : le refus d’un jugement immédiat et définitif à la mort, le secret désir de remettre à plus tard, à jamais, cet instant où apparaîtront en pleine lumière la responsabilité de nos actes et la malice de nos péchés, et où Dieu prononcera en toute justice sur nous une sentence irréversible.

Or cette fuite du jugement contredit la révélation. Saint Paul affirme nettement dans l’épître aux Hébreux : « C’est la destinée de l’homme de mourir une seule fois, et après cela vient le jugement. 2 »

Le commentaire de l’édition de Pirot et Clamer est éloquent : « Ce qui confirme le caractère définitif de la mort, c’est qu’elle est suivie du jugement qui fixe à jamais le sort de l’homme. La pensée est qu’à la mort tout est fini et qu’il n’y a plus qu’à attendre le jugement, sanction suprême de la vie. 3 »

De nombreux documents du magistère confirment cette doctrine. Le deuxième concile de Lyon (1274) enseigne que les âmes qui n’ont pas suffisamment satisfait pour leurs fautes sont purifiées après la mort, « post mortem purgari ».

Les saints, quant à eux, sont tout de suite accueillis au ciel, « mox in cœlum recipi », ceux qui meurent en état de péché mortel sont immédiatement jetés en enfer, « mox in infernum descendere ». Le pape Benoît XII reprend les mêmes expressions dans sa constitution Benedictus Deus du 29 janvier 1336, ainsi que le concile de Florence de 1439.

Le Catéchisme du concile de Trente met à la portée de tous cet enseignement de l’Eglise de toujours : « Le premier jugement arrive au moment où nous venons de quitter la vie. A cet instant même, chacun paraît devant le tribunal de Dieu, et là il subit un examen rigoureux sur tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit, tout ce qu’il a pensé pendant sa vie. C’est ce qu’on appelle le jugement particulier. 4 »

La théorie de la réincarnation apparaît donc déjà comme une vaine tentative de l’homme d’éviter l’inévitable, un refuge pour se cacher la vérité de ce jugement inexorable, terme de toute vie humaine.

Le purgatoire

« J’admets ce dogme du jugement particulier, répondra un tenant de la métempsychose, mais, précisément, la sanction en est ce cycle de renaissances que je professe. La succession des vies terrestres n’est que l’expiation des fautes passées. »

En d’autres termes, s’il admet l’existence du jugement à la mort, notre homme en nie la sentence, à savoir le purgatoire. La doctrine catholique enseigne, en effet, qu’à la mort, l’âme est définitivement fixée, soit dans le bien, soit dans la haine du bien. Il n’est donc plus temps pour une conversion, ou pour les variations possibles de la vie ici-bas.

De plus les souffrances du purgatoire sont bien l’expiation des fautes passées, mais elles ne sont pas méritoires. Elles n’obtiennent pas de grâces supplémentaires à l’âme.

Or l’existence du purgatoire est fermement attestée par l’Ecriture sainte et la Tradition. Dès le 2e siècle avant Jésus-Christ, Judas Macchabée faisait faire une collecte pour pouvoir offrir des sacrifices au temple de Jérusalem pour les péchés de ceux qui étaient morts au combat.

Le deuxième livre des Macchabées commente ainsi cette initiative : « Belle et noble action inspirée par la pensée de la résurrection ! Car, s’il n’avait pas cru que les soldats tués dans la bataille dussent ressusciter, c’eût été chose superflue et vaine de prier pour les morts. Il considérait en outre qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, et c’est là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leurs péchés. » (2 M 12, 43-46)

L’Ecriture, divinement inspirée, affirme donc qu’il existe un état douloureux dont il faut être libéré, qui sera provisoire puisqu’il sera suivi d’une « belle récompense » et dont on est délivré par la prière et les sacrifices des vivants.

Saint Robert Bellarmin, compte neuf textes du Nouveau Testament qui prouvent, au moins indirectement, l’existence du purgatoire. D’ailleurs, l’existence de l’expiation après la mort est suffisamment fondée par la Tradition constante de l’Eglise. 5

Clément d’Alexandrie distingue, parmi les hommes, les corrigibles des incorrigibles. La première catégorie se compose des âmes des pécheurs réconciliés avec Dieu au moment de leur mort, mais qui n’ont pas eu le temps de faire pénitence. Sur ces âmes, « la justice de Dieu s’exercera avec bonté et sa bonté s’exercera selon sa justice ». Ces châtiments, nous dit-il, sont « nécessaires pour parvenir à la demeure réservée 6 ». La béatitude s’obtient donc après un temps de purification.

Cet enseignement sera développé avec ampleur dès le 4e siècle par saint Cyrille de Jérusalem, saint Basile et saint Grégoire de Nazianze.

Une autre source de la foi au purgatoire est la pratique de la prière pour les défunts. Quelques textes apocryphes du Nouveau Testament contiennent parfois des témoignages intéressants. Les Acta Pauli et Theclae (160) racontent que la reine Tryphène entend, dans un songe, sa fille morte lui demander de recourir aux prières de Thècle pour obtenir d’être placée parmi les justes. Tryphène s’adresse ainsi à Thècle : « Prie pour mon enfant, afin qu’elle vive pour l’éternité. 7 »

L’auteur des Acta Joannis rapporte que l’apôtre Jean se serait rendu sur la tombe d’une chrétienne, trois jours après la mort de celle-ci, pour y célébrer le sacrifice de la messe. 8

L’ancienne version latine de la Didascalie (3e siècle) est explicite : « Dans les commémoraisons, réunissez-vous, lisez les saintes Ecritures et offrez des prières à Dieu ; offrez aussi la royale eucharistie qui est l’image du corps royal du Christ, tant dans vos collectes que dans le cimetière ; et le pain pur que le feu a purifié et que l’invocation sanctifie, offrez-le en priant pour les morts. 9 »

Ces considérations ne nous éloignent pas de notre sujet. Elles nous montrent que, loin d’être une invention tardive des théologiens, la doctrine du purgatoire fait partie du trésor de la foi de toujours. Elle est donc revêtue de l’autorité même de Dieu et relègue ainsi au rang des fables les théories de la métempsychose sur l’au-delà.

L’enfer

Avec la doctrine du purgatoire, celle de l’enfer est prise à partie par la métempsychose. La plupart de ses versions procède en effet d’un optimisme foncier. La vie humaine ne saurait se solder par un échec. La chaîne des vies terrestres ne peut aboutir qu’à un bonheur absolu et éternel.

L’existence de l’enfer est enseignée avec trop d’insistance dans l’Evangile pour qu’il faille s’y attarder. L’histoire du mauvais riche et du pauvre Lazare résume cet enseignement : « Le riche mourut aussi, et on lui donna la sépulture.

« Dans l’enfer, il leva les yeux et, tandis qu’il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham et il s’écria : “Abraham, notre père, aie pitié de moi, et envoie Lazare pour qu’il trempe dans l’eau le bout de son doigt et me rafraîchisse la langue ; car je souffre cruellement dans ces flammes”.

« Abraham répondit : “Entre nous et vous, il y a pour toujours un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent, et qu’il soit impossible de passer ici du lieu où vous êtes.” » (Lc 16, 19-31)

La résurrection des corps

Les chrétiens chantent avec fierté dans le Credo : et exspecto resurrectionem mortuorum, j’attends la résurrection des morts. Après les vicissitudes de cette vie, au-delà de la déchirure de la mort, ils espèrent non seulement la béatitude de l’âme, mais aussi celle du corps. A la fin des temps, les corps seront rappelés à la vie, pour une éternité de bonheur ou pour une éternité de malheur.

Dieu a voulu nous enseigner cette vérité avec une particulière solennité dans la sainte Ecriture. 10 Saint Paul montre le lien entre la résurrection des hommes et celle du Christ. « Si l’on prêche que Jésus-Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns disent-ils qu’il n’y a point de résurrection des morts ?

« S’il n’y a point de résurrection des morts, Jésus-Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, vaine aussi votre foi. Puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. » (1 Co 15, 12-21)

La Tradition et le magistère de l’Eglise reprennent le même enseignement.

« Ainsi l’exemple de notre Chef nous fait confesser qu’il y a une véritable résurrection de la chair pour tous les morts. Nous ne croyons pas que nous ressusciterons dans un corps aérien ou dans quelque autre espèce de corps, selon les divagations de certains, mais dans ce corps avec lequel nous vivons, nous existons et nous nous mouvons. Notre Seigneur et Sauveur, ayant fourni le modèle de cette sainte résurrection, a regagné par son ascension le trône paternel que sa divinité n’avait jamais abandonné. 11 »

Ce dogme jette une belle lumière sur le composé humain. Comme le corps est l’instrument de l’âme en cette vie terrestre, il est son compagnon pour l’éternité. La gloire qui inondera l’âme des élus rejaillira sur le corps. Celui-ci ayant combattu et souffert pour l’âme, participera à sa récompense.

Celui qui fut au contraire son complice dans le péché la suivra dans la peine, « car il nous faut tous comparaître devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive selon ce qu’il a fait étant dans son corps, selon ce qu’il a fait de bien ou de mal » (2 Co 5, 10).

Cela contredit-il la métempsychose ? Si, depuis sa création jusqu’à son entrée dans la béatitude, l’âme doit traverser plusieurs vies terrestres, si elle est unie successivement à plusieurs corps, lequel retrouvera-t-elle à la résurrection ? Lequel sera associé à l’éternité de l’âme, et lesquels seront rejetés ? Une minorité des corps humains existants ressuscitera.

Une telle conception s’oppose radicalement à la révélation de la résurrection de tous les corps, mais ne va-t-elle pas encore contre le désir d’immortalité présent au cœur de l’homme ? N’avons-nous pas, non seulement pour notre âme, mais aussi pour notre corps, une soif de durée ? La mort n’est-elle pas une violence faite à notre nature ? Ce corps concret avec lequel je vis, je pense, je communique avec les autres, n’est-il pas un ami ? Mieux encore, n’est-il pas une partie nécessaire de moi-même ?

On le voit, la doctrine de la réincarnation établit une déchirure au cœur même de l’être humain. Le corps est séparé de l’âme, il est abaissé au rang d’un vieux vêtement que l’on jette après usure, il restera à jamais étranger à la félicité de l’âme.

  • 1. Annick Lacroix, « La réincarnation est-elle possible ? » Madame Figaro. La suite de l’intervention ne manque pas de piquant, nous la laissons au jugement de notre lecteur. « Beaucoup de mes auteurs se sont penchés sur ce problème et certains m’ont trouvé diverses origines extraordinaires. Une fois, j’ai fait une séance en ondes alpha. Je n’ai vu que des feuilles, alors j’ai cru que j’étais un écureuil. Brusquement, j’ai eu un éblouissement et j’ai été transporté dans un paysage coloré, entouré de gens habillés comme au Moyen Age. Je participais à la vie sans savoir qui j’étais parmi eux. La séance s’est interrompue et depuis je n’ai pas recommencé. »
  • 2. « Statutum est hominibus semel mori, post hoc autem iudicium. » (He 9, 27)
  • 3. La Sainte Bible, Pirot et Clamer, Letouzey, Paris, 1938, t. 12, p. 340.
  • 4. Catéchisme du concile de Trente, publication de la revue Itinéraires, Paris, 1969, p. 80.
  • 5. Les deux passages du Nouveau Testament les plus utilisés en faveur du purgatoire sont ceux de Mt 12, 31-32. Et 1 Cor 3, 11-15. « De fondement, nul ne peut en poser d’autre que celui qui est là, qui est Jésus-Christ. Et si quelqu’un, en bâtissant, superpose à ce fondement de l’or, de l’argent, des pierres de prix, des pièces de bois, de l’herbe, de la paille, l’ouvrage de chacun sera mis en évidence, car le ‘jour’ le montrera, parce que c’est au feu que se fait cette révélation ; et l’ouvrage de chacun, ce qu’en est la qualité, le feu l’éprouvera. Si l’ouvrage de quelqu’un, qu’il a superposé en bâtissant, subsiste, il recevra une récompense ; si l’ouvrage de quelqu’un est consumé, il subira un dommage ; lui, il sera bien sauvé, mais ainsi qu’à travers le feu. »
  • 6. DTC, « Purgatoire », col. 1193.
  • 7. DTC, « Purgatoire », col. 1197.
  • 8. Idem.
  • 9. Idem, col. 1198.
  • 10. Le Catéchisme du concile de Trente relève 2 passages de l’Ancien Testament pour appuyer cette doctrine. « Je verrai mon Dieu dans ma chair. » (Jb 19, 26) « Ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre éternel. » (Dn 12, 2)
  • 11. XIe concile de Tolède, 7 novembre 675, F.C., n° 27.