Une menace contre la messe traditionnelle est-elle à craindre ?

28 Mai, 2021
Provenance: fsspx.news

Plusieurs rumeurs et certains sites semblent tenir comme probable la publication d’un texte remettant en cause, au moins partiellement, le motu proprio Summorum pontificum du pape Benoît XVI, autorisant sous certaines conditions la célébration de la messe traditionnelle et affirmant qu’elle n’avait jamais été interdite.

Les éléments qui accréditent la rumeur

Le premier indice est assez éloigné, mais il révèle une certaine aversion du pape régnant contre la liturgie traditionnelle, ou encore sa volonté de ne pas permettre son extension, du moins auprès des communautés « Ecclesia Dei ».

En effet, plusieurs de ces communautés, comme les Franciscains de l’Immaculée ou encore Familia Christi se sont vues fortement sanctionnées, voire dissoutes, pour cause de rapprochement avec la Tradition, et en particulier avec le rite traditionnel de la messe.

Un deuxième indice est apparu avec l’enquête sur le rite “extraordinaire” lancée par le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi en mars 2020 auprès de tous les évêques.

Pour qui connaît un peu les coulisses de ce genre d’enquête, il était évident dès le départ que le résultat n’avait pas beaucoup d’importance. Mais, en revanche, il était prévisible qu’elle serve de prétexte pour introduire une réforme ou une modification dans la situation actuelle de la messe traditionnelle.

Un troisième indice vient confirmer le précédent : à peine les résultats de l’enquête étaient-ils arrivés à Rome, qu’une décision, aussi brutale qu’inattendue, réglait le sort des messes privées célébrées à la Basilique Saint-Pierre. Par la même occasion, la célébration du rite tridentin était reléguée au placard, aussi bien en termes de lieu que d’horaires.

Un quatrième indice, plus récent, est la confidence faite par le pape François au cardinal João Braz de Aviv, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. Celui-ci l’a dévoilée au cours d’un colloque : le successeur de Pierre lui a exprimé sa crainte d’une « certaine tendance à s’éloigner un peu du concile Vatican II, en prenant des positions traditionalistes ».

Cette confidence, affirme le cardinal, a été donnée dans le cadre plus large de la formation des prêtres. Ainsi, le pape s’inquiète que la formation sacerdotale soit déviée, déformée, parce que l’on enseigne « des positions traditionalistes » aux séminaristes ou aux jeunes religieux.

Un cinquième indice sont les paroles prononcées par le pape lors du discours inaugural de l’Assemblée générale de la Conférence des évêques d’Italie (CEI) à Rome le 25 mai 2021. Le pape pensait s’exprimer en privé, mais le début de son discours a été diffusé par le Saint-Siège.

Il a commencé en affirmant qu’il y avait un « grave danger ». Quel danger ? « Les séminaristes semblent bons mais sont rigides et la rigidité n’a pas un bon esprit. » Il semble bien, quoique cela ne soit pas certain, que le contexte est à peu près le même que celui de la confidence au cardinal Braz.

Par ailleurs, il apparaît, selon des sources romaines, que le sujet des conditions de la célébration de la messe traditionnelle soit bien en discussion. Mais il serait téméraire de se risquer à en dire plus quant au contenu ou quant à une date de publication d’un texte.

Quelques rappels

S’il y a de réels éléments de crainte quant à une éventuelle restriction de la possibilité de célébrer la messe tridentine, cela ne concerne pas la Fraternité Saint-Pie X, qui s’est toujours appuyée, à la suite de son fondateur Mgr Marcel Lefebvre, sur les droits imprescriptibles de ce rite. Ni sa prétendue interdiction, ni son rétablissement sous conditions ne lui apparaissent valables devant ces droits.

Une double confirmation de la possibilité intangible de célébrer ce rite a été apportée par Rome. D’abord par la révélation faite par le cardinal Alfons Stickler de la tenue d’une commission de neufs cardinaux en 1986, à la demande du pape Jean-Paul II. 1

Ils devaient répondre à deux questions. La première, s’il était possible à un évêque d’interdire à un prêtre de célébrer la messe tridentine. Réponse unanime : non. La seconde, s’il était possible d’interdire cette messe. Réponse : huit « non » contre un seul « oui ».

La seconde confirmation est tirée du motu proprio Summorum pontificorum du pape Benoît XVI, qui précise que le missel de saint Pie V n’a jamais été abrogé.

Il en résulte que tous les embarras, toutes les intimidations ou menaces, voire les interdictions portées par des évêques contre la célébration de la messe tridentine, sont de purs abus de pouvoir : une forme de tyrannie épiscopale. Ou pour user d’un vocable cher à François : du cléricalisme du plus mauvais aloi.

Si, comme on peut le craindre, une limitation était apportée à la lettre du motu proprio de Benoît XVI, elle serait abusive. Et puisqu’elle serait dirigée contre le bien commun de l’Eglise, nulle de soi : il n’y a pas de loi valable contre le bien commun selon la doctrine de saint Thomas. Or la messe tridentine est au cœur du bien commun de l’Eglise.

Même si la Fraternité Saint-Pie X ne pourrait se sentir concernée, elle regretterait profondément une telle limitation, car ce serait un recul sur le chemin du retour à la Tradition qui retarderait d’autant la solution de la crise de l’Eglise initiée par le concile Vatican II et ses calamiteuses réformes, en particulier dans le domaine de la liturgie.

  • 1. The Latin Mass magazine, Summer 1995, p. 14.